Brexit mon amour

A part qu’un grand sentiment de bonheur m’anime, je doute être capable d’exprimer ce que j’envisage depuis le vote historique des Britanniques pour sortir de l’UE. Comme j’ai donné un peu – trop – depuis 2005, j’ai peut-être au moins un peu de quoi reconnaître et apprécier une victoire. Surtout quand il s’agit d’une victoire de la démocratie. Il y a néanmoins un commentaire qui semble s’imposer (que bien d’autres ont fait avant moi).

Quelles que soient les raisons – généralement distordues sinon tout simplement fausses – que donneront les médias et les partis, les européistes, dans les semaines, mois et années qui viennent (après quelques habituels gros délits d’initiés, “les marchés” vont, quant à eux, vite reprendre leur marche gentiment dans un élan retrouvé, comme pour tout le monde satisfaits de la nouvelle situation, il n’y a pas de quoi en douter un seul instant) pour tenter de renverser la dynamique (c’est à dire pour faire avaler aux Anglais qu’on fera semblant de tout changer tout en ne changeant rien), un strict fait s’impose, par le miracle du fait accompli, à la conscience des gens, même les plus lavés du cerveau : il est possible de sortir de l’Union européenne. Et cet acquis communautaire là (raison pour laquelle je me permets cet emprunt), c’est effectivement à tous les “européens” – je veux dire, à tous les sujets de l’empire dont l’Annexe UE et la maison mère dans la foulée viennent d’en prendre une bonne dans la gueule – qu’il vient d’être octroyé, par la grâce du peuple anglais. Vive l’Angleterre.

A présent que nous savons tous qu’il est possible de le faire, nous le ferons.

Non seulement ce bouleversement historique mais aussi la manière si – inhabituellement – démocratique qui le caractérise nous ont secoués. Les réactions fusent de toutes part. Et, fait au demeurant paradoxal, on constate aussi que les grands esprits se rassemblent… en silence : nous voilà tous affamés de savoir ce qu’ils ont à dire. En attendant, il y a aussi et surtout une chose à faire : écouter les réactions des officiels. Parce qu’on sait déjà que la démocratie ne compte pas pour l’UE. Et on sait encore mieux, peut-être, combien nous sommes devenus sujets d’un empire médiatique qui sait déjà trop bien nous faire confondre la réalité et ses récits. Or là, état de grâce : les chefs d’État reconnaissent le fait. Pas d’entourloupe. Pas d’entourloupe ?

Blague à part, on peut toujours se poser la question : la City sort-elle de l’UE ? D’abord, la question a-t-elle même un sens ? Si vous avez tendance à croire que la géopolitique a son intérêt, vous serez peut-être amenés, comme moi, à croire que oui, d’une certaine manière… mais sans être évidemment plus avancés.Le fait, en l’espèce, est que personne n’en sait rien.

Passons-en à présent à l’info du jour. C’est le twit reproduit en exergue. Cette manipulation a ceci de particulièrement remarquable qu’elle triture non seulement votre subconscient mais aussi votre conscient. Bref, elle est mauvaise. Il est aisé de voir que la détermination arbitraire d’une courte classe d’age – 18 à 24 ans – de gens bien dressés par l’éducation nationale et la télé fait apparaître ce seul fait gênant : les jeunes, comme tout le monde, apprennent, et ils vont maintenant avoir le temps de le faire dans des conditions plus sereines et plus saines.

Mais l’affaire est bien plus sordide que ça : en réalité, si quelque chose comme les deux tiers des très jeunes citoyens paraissent aimer “L’Europe”, la raison est principalement que parce qu’on ne voit pas que c’est seulement deux tiers des votants, sachant que l’écrasante majorité fait la seule chose qu’il y a à faire avec l’UE : aller à la pêche !

Évidemment, ce sondage nous apprend surtout que les gens qui ont eu un minimum de temps pour l’apprendre le savent : il faut quitter l’Union européenne.

Non pas du tout coûte que coûte, mais parce que ça ne coûte d’ailleurs rien de le faire.

 

 

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