Défense de Svensmark

Une courte introduction pour qui débarquerait

Une foule d’observations faites depuis plusieurs centaines d’années (peut-être des milliers) ont le très mauvais goût de s’entendre pour montrer que les variations de l’activité solaire ont un impact majeur sur les climats terrestres. Des corrélations systématiques ont été observées, à toutes échelles de temps, entre divers indices de l’activité solaire (notamment le nombre de tâche solaire, observé en Europe depuis Galilée mais sans doute en Égypte et en Chine depuis bien plus longtemps) et nombre de variables climatiques (températures, pressions, précipitations, vents, nébulosité, rendements agricoles, etc.) A ce jour, on compte déjà plus de 2 000 publications sur ce sujet.

C’est évidemment très gênant pour les tenants de la “science officielle” – pour le scientisme carboniste. Non contents de manier une conjecture indémontrable (et infalsifiable) * reliant une cause prétendument entendue à des effets non mesurables (supposés, à la rigueur, le devenir quand ils auront déjà trépassé, s’épargnant ainsi les foudres du peuple et la honte d’avoir prostitué la science à un tel point), ils accusent leurs opposants de s’évertuer à élaborer de véritables  théories reliant des causes tangibles et mesurables à des effets bien réels et mesurables.

* Sorte d’empilement boiteux de morceaux de théories, basé non pas sur un ensemble, organisé de manière mathématiquement acceptable, de lois physiques, mais sur un bricolage arbitrairement hiérarchisé de bouts de règles empiriques (dont les mécanismes sous-jacents sont peu ou pas compris et dont les conditions de validité sont limitées), et exprimés via des modèles bien incapables de prendre en compte la plupart des phénomènes microscopiques et même mésoscopiques, encore moins de rendre compte de leurs couplages, sans parler d’appréhender le caractère chaotique du climat – ainsi même que sur certains concepts absurdes (tels la notion de température moyenne, celle d’équilibre radiatif, etc.).

Il tiennent leur adversaires à l’écart au double prétexte que :

  • ces théories “alternatives” ne sont ou ne seraient pas encore suffisamment validées ;
  • les variations de la puissance totale rayonnée par le Soleil sur le cycle de 11 ans sont seulement de 0,1% – soit environ 15 fois trop faibles a priori pour expliquer leurs effets climatiques… pourtant remarquablement synchrones.

Passons rapidement sur la première de ces deux objections. A part le fait que ces théories s’efforcent patiemment d’en être de véritables, contrairement à celle de l’ “effet de serre” qui ne mérite assurément pas un tel label – et qui, pour la même raison, est d’emblée condamnée à tourner en rond -, il y a que certaines d’entre elles ont fait d’importants progrès. C’est tout particulièrement le cas de celle dont nous allons parler ici. Les plus scrupuleux expérimentateurs ne pourront pas manquer de noter les résultats impressionnants, publiés il y a quelques années, du projet CLOUD (impliquant l’accélérateur de particules du CERN), des résultats qui, tout à la fois, nous offrent d’importantes avancées dans la compréhension du rôle d’aérosols dont la production n’est pas liée aux activités humaines, et confirment le rôle tout à fait décisif des rayons cosmiques dans l’amorçage du processus de formation des nuages dans le cas de ces aérosols naturels.

Quant à la seconde objection, elle appelle d’emblée plusieurs remarques. Tout d’abord, elle a l’immense avantage, tout en écartant d’un revers de main ces théories “alternatives”, de refaire entrer “l’effet de serre” du CO2 par la porte de derrière. En effet, quand bien même on considèrerait le seul “forçage” (radiatif) du Soleil, elle pose d’emblée “l’effet de serre” comme le seul mécanisme capable de créer la très grande amplification apparente nécessaire. Et d’ailleurs, si celui du CO2, pour ce faire, nécessite lui-même une très importante rétroaction positive impliquant la vapeur d’eau et les nuages, c’est donc justement la meilleure “preuve” que ces derniers ont un effet globalement réchauffant… Ensuite, cette objection implique l’hypothèse que l’activité solaire n’influe sur le climat que par le biais de variations de chaleur rayonnée, et que par ailleurs, hors du système Terre-atmosphère-océans, seul le soleil influe sur le climat. Or la théorie “de Svensmark” fait intervenir d’autres mécanismes. Enfin, l’objection en question occulte le fait que, si la puissance totale rayonnée par le Soleil varie peu, les variations dans certaines bandes de fréquence UV sont gigantesques (jusqu’à 10 000 %). Or cela peut avoir un effet très important, notamment sur la formation d’ozone stratosphérique, effet qui peut en engendrer d’importants au niveau de la surface via divers mécanismes possibles (modifications des vents stratosphériques se propageant via les ondes planétaires, modifications du champ électrique agissant en particulier sur les flux de certains aérosols, etc.),  Du reste, les pseudo-cycles de l’activité solaire ne se limitent pas à celui de 11 ans – il y en a d’autres, également engendrés par les conjonctions de planètes, qui sont de périodes et d’amplitudes plus importantes.

La théorie dont nous allons parler remonte au moins aux années 1960 (Ney). Outre le fait qu’elle prend acte des corrélations systématiquement observées entre l’activité solaire et maints effets climatiques, elle considère le fait que le bombardement de la Terre par des rayons cosmiques (d’énergie très élevée, typiquement > 10 GeV) pénétrant jusqu’aux basses couches de l’atmosphère, engendre sur leur passage une condensation de la vapeur d’eau (“traînées” observables depuis longtemps dans des “chambres à condensation”).

On sait par ailleurs que la production de certains isotopes, notamment le carbone 14 et le béryllium 10, est fortement influencée par les variations d’activité solaire. On observe enfin que ces dernières influent (en le réduisant) sur le flux de rayons cosmiques galactiques (GCR).

Un schéma d’ensemble se dessine ainsi : lorsque le champ magnétique du Soleil s’intensifie (intensification qui peut être très importante et qui se produit en même temps que celle, très faible de la luminosité du Soleil), notre astre produit plus de vents solaires, flux de particules qui compose, pour la Terre, un bouclier d’intensité ainsi accrue contre le flux de GCR, ce qui pourrait se traduire par une réduction significative de la couverture nuageuse et donc à une réduction de l’albédo. Un effet réchauffant qui, par hypothèse, pourrait être nettement plus important que “l’effet de serre” lié à une éventuelle augmentation de l’humidité de l’atmosphère et des nuages de haute altitude.

Après d’autres, qui s’y sont penchés dans les années 1970, Henri Svensmark, chercheur Danois, a repris cette théorie en se penchant principalement sur les mécanismes complexes et peu maîtrisés de la formation des nuages, et il en est arrivé par ailleurs à mettre en évidence une corrélation frappante entre le flux de GCR et la couverture nuageuse de basse altitude (LCC, pour “low cloud cover”).

Bien d’autres chercheurs ont continué à explorer cette piste. Sur le plan expérimental, nous avons évoqué brièvement les remarquables découvertes issues du projet CLOUD. Citons encore, en particulier, les travaux de l’astrophysicien israélien Nir Shaviv et ceux du géologue canadien Jean Veizer, qui ont convergé pour démontrer l’influence majeure des GCR. Ensemble, ils ont notamment montré de manière convaincante que les grands cycles glaciaires, d’une périodicité de 130-140 millions d’années, pourraient d’expliquer par le passage du système solaire entre les 4 bras de la Voie lactée. L’un et l’autre ont par ailleurs établi que la “sensibilité climatique” (conventionnellement exprimée en une augmentation de la “température moyenne” de la surface terrestre induite par un doublement du taux de CO2 atmosphérique) est remarquablement stable et faible. Pour Shaviv : λ = 0.35 ± 0.09 °K/(W m-2), corresponding to ΔTx2 = 1.3 ± 0.4° – “de manière intéressante, ce résultat est très similaire à celui qu’on aurait pour un “corps noir” (c.-à.-d. pour un système climatique dans lequel les rétroactions tendent à s’annuler les unes les autres).”

Olivier Berruyer, animateur du site les-crises.fr, y a publié depuis 2011 une série d’articles sur le réchauffement climatique.

Dans l’un de ces articles, intitulé L’imposture de “l’hypothèse Svensmark”, il procède à une analyse très superficielle (et peu éclairée) des travaux de Svensmark, et conclut que ce dernier, l’une des figures du “négationnisme” climatique, s’est carrément livré à une fraude scientifique.

On peut du reste noter que sa propre démarche correspond au schéma qu’il dénonce en introduction…

Naturellement, il est nécessaire de lire le billet de M. Berruyer avant de lire ce qui suit.

Voici le commentaire que j’ai posté sur le blog de O. Berruyer.

Message posté à cette adresse (pour les connaisseurs du web cache) : http://www.les-crises.fr/climat-18-l-imposture-svensmark/#comment-172141

 

Bonjour,

une recherche des arguments de la défense aurait permis de constater assez facilement et rapidement que plusieurs éléments d’explication pertinents avaient été fournis par elle sept ans avant la rédaction de ce billet.

Dans une revue qu’ils ont produite en 2005 des travaux sur le sujet (1), page 9, Marsh, Svensmark et Christiansen on écrit que la corrélation entre le flux de rayons cosmiques galactiques (CRF) et la couverture en nuages de basse altitude (LCC) « peut être étendue jusqu’à 2001, mais seulement après que la moyenne globale des données de nuages ait été recalibrée ». Ils renvoient sur ce point à Marsh et Svensmark, 2004b (2).

Dans Marsh et Svensmark 2004b (2), c’est à la page 4, la figure 3a et les commentaires avant et après. Les auteurs fournissaient les explications suivantes : « entre septembre 1994 et janvier 1995 l’ISCCP n’est pas parvenu à maintenir la continuité de l’intercalibration des observations satellitaires (Figure 3a, trait vertical épais gris), une période durant laquelle un saut inhabituel d’environ 1,5% est observé dans les LCC-IR (Figure 3a, en rouge). Un ajustement des LCC-IR selon un saut de 1.5% vers le haut après octobre 1994 (Figure 3a, en pointillés rouges) permet à la corrélation avec les rayons cosmiques galactiques (GCR) de réapparaître. Un résultat similaire a également été obtenu par comparaison avec des observations satellitaires indépendantes de couverture nuageuse (MS03) ou en soustrayant un « trend » linéaire [une pente] (Usoskin et al., 2004). »

Ainsi, leur première explication est que les résultats utilisés, dérivés de mesures satellitaires (3), aurait souffert d’un changement de calibration fin 1994, ce qui aurait conduit, d’après leur analyse, à une baisse artificielle des valeurs reportées à partir de 1995, d’environ 1,5% de couverture en nuages bas – 1,5% en valeur absolue, soit environ 4% en valeur relative (convention utilisée pour les graphes d’Olivier Berruyer).

Les nécessités de calibration et d’intercalibration sont omniprésentes dans le cas qui nous concerne, notamment à cause de la dérive des satellites ainsi que de l’emploi de plusieurs (jusqu’à cinq) satellites (4). D’ailleurs, un rapide coup d’œil à la page dédiée à l’historique des corrections apportées (5) permet de constater que plusieurs d’entre elles ont fait l’objet de traitements différenciés entre l’avant et l’après 1994. (Il n’y a peut-être pas de lien, mais cette date tournant correspond au moment où un nouveau programme d’étude a été ouvert dans le cadre de l’ISCCP, pour tirer d’autres informations de l’exploitation des mesures.) D’après Kristjansson, Kristiansen et Kaas, 2003 (6), les scientifiques de l’ISCCP ont reconnu qu’ils ont eu des problèmes de calibration en 1994, mais ils ont considéré que « la manière dont ils ont corrigé le problème ne devrait pas influencer la stabilité à long terme (c.à.d. l’homogénéité) de l’enregistrement des données, ce qui veut dire que les données pour après 1994 devraient être au moins aussi fiables que celles d’avant 1994 (William Rossow, communication personnelle) ». KKK 2003 indiquent que leur analyse ne confirme pas celle de Marsh (et Svensmark 2004b) mais qu’un saut de ce même type se serait produit pour les nuages hauts…

Tout çà est sans doute compliqué, mais la moindre des choses qu’on peut déjà en comprendre est ceci : l’hypothèse implicite selon laquelle ces « données brutes » (en sont et) sont fiables, pour discrète qu’elle soit, n’est pas neutre, et il n’y a en soi rien de choquant a priori dans le fait d’émettre une (nouvelle) hypothèse corrective plutôt qu’à s’en tenir aux corrections déjà apportées par le fournisseur. Le tout est que les choses soient expliquées et discutées. Poser une hypothèse ne fait certes pas une démonstration, mais c’est en soi parfaitement légitime. La légitimité de l’argument est d’autant plus valable a priori que les auteurs montrent qu’une simple re-calibration conduit directement à faire revenir la corrélation en question.

J’ajouterai sur ce point une série de remarques personnelles au sujet de l’étude de Kristjansson, Kristiansen et Kaas, 2003 (6) – étude dont l’objectif semble être de minimiser « l’hypothèse Svensmark », à savoir le lien CRF-LCC, tout en défendant plutôt celle d’un autre lien entre activité solaire et nébulosité. Sur leur figure 1, ils superposent à une courbe de CRF une autre série de « données » de l’ISCCP, celle des variations journalières de la LCC (en vert). Le graphe va jusqu’en 2002. Le lecteur pourra comparer avec la courbe tracée par Olivier Berruyer, et il risquera d’en tirer des conclusions très différentes – si c’est un vilain « imposteur », il poussera peut-être même jusqu’à émettre une hypothèse du genre de la première explication fournie par Svensmark et ses collègues, quoique en décalant de deux ans la date d’une possible rupture d’intercalibration. Par ailleurs, leur tableau 1 (même page, 3) indique qu’ils obtiennent une corrélation assez nettement meilleure avec la série « IR LOW » (je suppose qu’il s’agit de celle considérée par Svensmark et par notre hôte), mais celle-ci n’est pas représentée sur le graphe. Qui plus est, à la page précédente, ils indiquent que la corrélation obtenue avec cette série journalière qu’ils ont utilisée (série 25) est moins bonne que celle qu’ils avaient obtenue avec une autre (série 19). Leur argument est surtout que la corrélation CFR-LCC, reconnue dès le début du résumé, est moins bonne que la corrélation TSI-LCC. Quoi qu’il en soit, leur figure et leurs explications sont parlantes.

Deuxième argument indiqué par Marsh et Svensmark 2004b : les auteurs ne se sont pas contentés de bricoler une série de données (ISCCP-D2) sur la base d’une hypothèse plus ou moins vraisemblable, ils ont également été chercher une seconde série de données, indépendante, pour comparer. Pour cette seconde série, la source est « l’instrument embaqué SSMI (Special Sensor Microwave Imager) des satellites du DMSP (Defence Meteorological Satellite Program) » (Marsh et Svensmark, 2003 (7), page 2). Le résultat est donné dans la figure 1 de Marsh et Svensmark, 2003 (7). La comparaison des deux séries, sur la figure 1c, est troublante : on constate que les deux courbes, partant d’une même référence relativement bien assortie depuis sept ans (a courbe SSMI a toutefois eu un blanc au milieu), se mettent à diverger très nettement depuis. Pire, celle de l’ISCCP descend assez fortement tandis que celle du DMSP monte… Ce n’est plus (seulement) une marche à laquelle nous avons affaire à partir de 1994-1995 – toujours la même date tournant –, c’est à un (gros) écart sur la pente de moyen terme, et même à des pentes de signes opposés.

Je n’irais pas jusqu’à en tirer des conclusions un tant soit peu générales, encore moins définitives, mais cette simple comparaison devrait au moins nous indiquer que la grande hypothèse, malheureusement implicite, d’Olivier Berruyer, qui est que les « données brutes » de « la NASA » en sont, sont fiables et veulent dire ce qu’il semble dire qu’elles veulent dire, pourrait bien être complètement fausse. En tout cas, cette figure ne manquera sans doute pas de vous rappeler celle d’Olivier Berruyer intitulée « Alors du coup, je fais comme lui » (une numérotation des figures aiderait sans doute la discussion, tout comme des indications de sources directes), et si l’on suit le raisonnement de notre hôte, on devrait peut-être conclure que le boulot de l’un de ces fournisseurs est « une imposture [mais] tirez-en les conclusions que vous voudrez »… On n’en serait pas plus avancés.

Le troisième argument invoqué dans Marsh et Svensmark 2004b (2) est emprunté à Usoskin et al., 2004 (8). Il s’agirait plutôt d’un double argument. Premièrement, si on se rapporte en gros à la même période (1984-2000) et si l’on emploie la même source (ISCCP-D2) mais en distinguant les données selon la latitude (pour la LCC), on constate que la corrélation est très bonne, y compris après 1995, pour les hautes latitudes mais qu’elle cesse après 1995 pour les tropiques. La même observation a été faite par Pallé 2005 (9). Les deux études en tirent la conclusion que c’est l’ENSO qui domine sous les tropiques. Quelle est la pertinence de l’emploi de mesures « globales » pour tenter d’observer un phénomène qui pourrait être plutôt caractéristique des hautes latitudes – on sait que les CRF parvenant aux basses couches de la troposphère sont nettement moins intenses aux basses latitudes, polarité du géomagnétisme et différence d’épaisseur de la troposphère obligent ?

Argument 3-bis, ou quatrième argument, donc : on peut très bien, évidemment, avoir plusieurs mécanismes en présence. Usoskin et al. 2004 (8) se permettent donc, par ailleurs, de faire l’hypothèse que les CRF modulent le signal de l’ENSO. Y compris sous les tropiques, mais moins qu’aux hautes latitudes. Et, considérant que les périodicités sont clairement différentes (de l’ordre de 60 ans et plus et contre environ 11 ans), ils retracent la courbe « detrended » de la LCC, c’est-à-dire en lui retirant une pente constante, d’amplitude d’autant plus importante pour les basses latitudes. Après quoi la corrélation en question apparaît évidente. Là encore, une hypothèse ne fait pas une démonstration mais elle me semble parfaitement recevable. Ensuite, parce que l’activité solaire a d’autres effets sur les nuages. Parlant de mécanismes qui pourraient s’ajouter (ou se multiplier), je pense en particulier aux UV, qui varient de 10% rien que sur le cycle de 11 ans et interviennent dans la formation de l’acide sulfurique, dont plus personne n’ignore qu’il a un effet déterminant sur la nucléation [les dernières découvertes du proet CLOUD au CERN, outre celles qui confirment l’influence énorme des rayons cosmiques sur la formation de noyaux de condensation (multiplication par un à deux ordres de grandeur du taux de nucléation pour des aérosols naturels de charge électrique neutre), montrent que les vapeurs organiques dégagées par certains arbres ont un effet spectaculaire sur la formation des gouttelettes effet qui se passe entièrement de l’acide sulfurique]. Sinon, à part les trends (gradients) de plus longue période liés aux cycles océaniques, on a aussi des « perturbations » courtes liées aux « cycles » El Nino ainsi qu’aux éruptions volcaniques, dont on sait qu’elles émettent pas mal d’aérosols solides et de SO2 (au passage, qui sait qu’elles émettent aussi des CFC ?)

Enfin, un autre élément d’explication important, qui n’est pas listé dans le passage cité plus haut du commentaire Marsh et Svensmark 2004b, mais qui a été examiné dans ce papier comme dans d’autres, est que, dans les mesures de l’ISCCP, la présence de nuages de haute et moyenne altitude voile celle de nuages de basse altitude. Sun et Bradley (2002, 2004) eux-mêmes – Marsh et Svensmark 2004b était formellement un commentaire à leur étude – ont souligné ce problème. A ce sujet, il n’est sans doute pas inintéressant de noter que, sur les courbes que vous avez vous-même tracées, les nuages de moyenne altitude on régulièrement et considérablement augmenté depuis 1994, ceux de haute altitude aussi (mais en passant par une baisse vers 2000), qui oscillent lors de la « 2e phase » autour d’une valeur de l’ordre de 15% en relatif différente de la « 1ère phase », ceci tandis que les « observations apparentes » pour les nuages bas suivaient une baisse régulière sur cette même période. Vous avez donc ici, me semble-t-il, un cinquième élément de réponse important (qui résonne peut-être avec le deuxième) apporté par « la défense ».

Je dirais plus généralement que les moyennes temporelles, comme les moyennes spatiales, posent des problèmes. Il y a notamment une question de non linéarité : la moyenne des causes ne fait souvent pas celles des effets, il y a souvent des effets de seuils et cela n’a rien d’étonnant. En particulier, il est déjà bien établi que les nuages diminuent fortement lors des « baisses de Forbush », autrement dit suite aux éruptions solaires, mais ce ne sont évidemment pas des choses dont on manipule des moyennes temporelles comme on veut. Après, il y a encore sans doute bien des inconnues. Par exemple, il y a déjà eu pas mal d’études qui relient les fluctuations différentiées des nuages (bas ou hauts) à celles du champ électrique de l’atmosphère, mais çà ne nous dit pas ce qui provoque ces dernières. Je fais toutes ces « apartés » car ces problèmes sont potentiellement décisifs, par pour noyer le poisson.

Bref, nous avons là tout une série de problèmes et d’hypothèses a priori recevables ; maints avis différents, et il semble que la controverse n’a pas (encore) abouti à un avis convergent, mais je ne vois pas de raison d’en retenir ou d’en condamner un, surtout sans examen.

En tout état de cause, comme chacun sait ou devrait le savoir, la validation d’une théorie – jamais établie que jusqu’à nouvel ordre – implique que les observations soient assorties d’une démonstration des mécanismes en présence. Or, sur ce terrain, la recherche progresse mais est encore assez loin d’avoir abouti – pas mal de gens ont entendu parler notamment du programme CLOUD au CERN. Ceci sans pour autant, à ce jour, s’être opposée à l’hypothèse en question, et c’est bien là le plus important – CLOUD a déjà montré, par contre, que l’éventuel mécanisme ne peut fonctionner qu’en présence d’acide sulfurique (mais la production de ce dernier à partir du SO2 dans l’atmosphère dépend vraisemblablement aussi de l’activité solaire voire également, pourquoi pas, des GCR ; d’autres facteurs liés à l’activité solaire, notamment le gradient du potentiel électrique à travers l’atmosphère, pourraient influer sur les taux d’aérosols). [Édit 2018 : à la lumière des derniers résultats du projet CLOUD, du moins, c’était une très mauvaise interprétation de ma part : et le SO2 et les GCR ont un effet considérable sur la nucléation, mais dans le cas de noyaux de condensations se développant très activement autour de l’acide sulfurique, les GCR n’ont quasiment pas d’impact. Par ailleurs, la formation de noyaux de condensation autour des aérosols “naturels” – notamment les “arômes” émis par les arbres et autres plantes terrestres et marines – fait intervenir, dans l’intervalle, une oxydation par l’ozone troposphérique.]

Il est regrettable que vous n’ayez pas cherché, Olivier, ou cherché à entendre les arguments de la « défense ». Quand vous avez composé ce billet, cela faisait donc plus de sept ans que Svensmark et ses collègues, mais aussi pas mal d’autres chercheurs – je n’ai fait ici qu’une modeste revue qui m’a néanmoins occupé une semaine de mes temps libres (j’admets qu’ils sont trop rares ces temps-ci) – avaient fourni, par voie de publications de recherches, un ensemble de réponses à la « question » que vous avez soulevé – je ne saurais dire depuis quand ces papiers sont librement accessibles en ligne, en tous cas ils le sont aujourd’hui et il me paraît très vraisemblable qu’ils l’étaient alors.

Vous allez jusqu’à suggérez que le seul fait que cette analyse se soit confinée à la période 1983-1995 pour espérer en tirer un bout de théorie vraisemblable « confine à l’escroquerie intellectuelle ». Est-ce bien raisonnable, sachant qu’elle a été publiée en 1997 (et logiquement préparée avant) et que les données satellitaires requises ne remontent pas avant 1983 (le premier programme de recherche visant a dériver des « mesures » de nébulosité des données été demandé pour la première fois en 1981, de mémoire) ? Parmi trop de faux procès dans ce billet, celui-là n’est tout de même pas discret.

Faux procès presque aussi flagrant, du moins pour quiconque est un peu connaisseur, le long passage où vous dites que « Svensmark ne s’intéresse qu’aux nuages bas ». D’abord, parce que le fait que la corrélation en question ne s’observe (ou ne s’observait) que pour les nuages bas et non pour les nuages de haute altitude, loin d’être glissé sous le tapis, a été observé par Svensmark lui-même, comme par bien d’autres auteurs, depuis 1997, et largement commenté. Par exemple, dans Marsh et Svensmark 2000 (10), fig. 1 page 2. Certes, le papier de 1997 était encore exploratoire sur ce point, mais cela fait tout de même 16 ans et il n’était pas difficile de savoir que bien de l’eau avait coulé sous les ponts depuis.

Ensuite, justement parce que les propriétés radiatives des différents types de nuage sont très différentes et que çà n’est pas un scoop. Qu’il existe bien des incertitudes sur les effets du total est une chose, mais pour les nuages blancs de basse altitude, leur effet globalement refroidissant est amplement reconnu – on discute d’amplitude et non du signe. Du reste, vos propres courbes montrent que sur la période 1983-1995 et même jusqu’en 2003 on n’avait pas seulement une absence de corrélation positive pour les nuages de moyenne et haute altitude mais aussi une corrélation négative pas vilaine. Ce qui ne contredit pas l’hypothèse en question. Pas mal de publications se sont penchées sur la question. Pallé 2005, étude évoquée plus haut (9), trouve d’ailleurs pertinent de tracer (figure 2) le ratio nuages bas / nuages hauts et de moyenne altitude pour observer la corrélation avec le flux de GCR. Au passage, il n’y a rien de nouveau dans le fait de se pencher sur la durée des cycles solaires plutôt que sur le nombre tâches solaires ou sur un indice plus direct de l’activité magnétique solaire : « imposture » ou non, cela fait longtemps qu’une corrélation étonnante a été reportée entre la longueur des cycles solaires et les variations reconstituées de la « température moyenne globale ».

Ensuite, vous avez l’air de dire : le gars venait de trouver çà en se rasant, il aurait du rester tranquille. Je pense que c’est là un autre de vos postulats erronés. Quand bien même l’accident et la persévérance dans la dissidence se sont souvent avérés être décisifs pour les avancées scientifiques, ce qui me fait conclure que la dictature de la majorité, qui plus est celle des profanes, risque fort de ne jamais aider la science (et nous avec), on peut encore facilement songer que la « légitimité » de l’acharnement que peut montrer quelqu’un à poursuivre une piste dépend pas mal du fait qu’elle est ou non déjà bien supportée par des observations empiriques. Or « l’hypothèse Svensmark » n’était ni nouvelle ni de lui. Svensmark et Friis-Christensen 1997 ne correspond à une première que s’agissant de reporter une corrélation observée. L’hypothèse en question, elle, de mémoire, a été formulée il y a environ 60 ans déjà (Ney), et suivie par plusieurs auteurs dès les années 1970 (notamment Dickinson 1975). Dans ce contexte, non seulement il n’est pas bien raisonnable de dire que le fait de rapporter l’observation d’une corrélation (CRF-LCC) « confine à l’escroquerie intellectuelle » mais il devait tout de même être remarquable de la voir tenir sur un cycle solaire, excusez du peu. Tout comme il peut apparaître remarquable, partant, de la voir disparaître ensuite. Certes, nul n’est là l’abri du « biais de confirmation », mais il faut tout de même voir la chose dans un contexte plus objectif.

Quant à l’observation empirique d’un lien entre activité solaire et climat, elle n’a sans doute pas d’âge. La revue qu’a co-rédigée Svensmark en 2005, citée au début de mon message (1), commence par ces mots : « L’observation selon laquelle un temps chaud semble coïncider avec un grand nombre de taches solaires et un temps froid avec un faible nombre de taches solaires a été formulée depuis déjà deux cent ans par l’astronome William Herschel (Herschel, 1801 […]». Vous qui êtes plus qu’un économiste amateur devriez sans doute y être sensible, et songer à d’autres hypothèses que celle de « l’imposture » quand vous voyez la remarquable corrélation de la figure 1 (tirée d’une étude bien plus récente, Pustilnik et Din, 2003 – que des gens reprennent de si vieilles études au lieu de donner dans la chasse au scoop dans un domaine ou il y a tant à en faire me laisse personnellement plutôt admiratif).

Depuis, on a vu des papiers faire des statistiques de couverture nuageuse sur des siècles d’après les peintures dans les musées, d’après l’effet de l’albédo terrestre sur la luminosité de la Lune et que sais-je encore. Si vous allez juste un peu plus loin après le passage que vous avez cité de ce vilain site dont préférez ne pas dire le nom, vous trouvez encore un peu d’information pertinente (y compris dans la portion du passage cité que vous avez tronquée) et il vous sera parfois même assez facile de suivre les pistes. C’est un fait, des liens flagrants entre activité solaire et climat on été observés, de manière empirique, depuis des lustres et selon de très nombreuses approches. L’histoire du climat, sans parler de sa préhistoire, a fait l’objet ici et là de véritables travaux de fourmis (Leroy Ladurie en donne de belles synthèses), de sorte que les données, très parcellaires, sont tout de même relativement abondantes au final.

Or vous rappelez vous-mêmes que le flux de rayons cosmiques est notoirement corrélé (inversement) à l’activité solaire. Permettez-moi donc de dire que c’est votre propre postulat qui est a priori original, non pas « l’hypothèse Svensmark ». Quantité de chercheurs ont émis l‘hypothèse qu’une corrélation entre CRF et LCC est plus ou moins apparente selon les modes d’observations mais que cela pourrait simplement tenir au fait que les premiers sont liés à l’activité solaires tandis que les seconds sont, pour faire simple, une simple réponse à la température de surface, ce qui expliquerait qu’ont observe cette corrélation (selon les modes d’observation) sans pour autant que cela indique que les CRF ont une influence directe sur la LCC. Cette hypothèse là, au moins, fait sens, à partir du moment où vous admettez, ce que vous faites, que la question n’est pas celle du lien Soleil-GCR (seulement celle du lien GCR-nuages). La moindre des choses, dans ce contexte, serait de ne pas faire comme si l’hypothèse en question était tirée par les cheveux, non ? Elle n’est, à l’évidence, qu’une voie dans la recherche d’un ou plusieurs possible chaînons manquants (à moins que vous n’ayez une théorie sur un lien GCR-CO2…)

Mais s’il y a une approche qui risque de ne pas vous laisser tranquille à l’avenir, car les proxies sont sans doute bien plus directes et parce qu’elles sont également accessibles sur de très longues durées, c’est celle qui consiste à chercher corréler l’activité solaire – donc les CRF, d’un point de vue empirique – avec les variations de pluviosité. Si les nuages ne laissent pas de trace, les précipitations, elles, en laissent. Notamment en termes de variations du niveau des lacs. Pour m’être paluché des lectures in extenso de papiers climatiques depuis bientôt dix ans, y compris, dernière en date à ce sujet précis, le mémoire d’une thèse vénézuelienne que je n’ai malheureusement pas retrouvé, je vous dirais que j’en ai croisé quelques belles en la matière, mais que moi aussi je ne peux pas passer mon temps à retrouver mes sources… (trop de bookmark tue le bookmark). N’étant pas pour autant du genre à balader les gens, je vous indique tout de même ces deux références. D’abord, le graphe reproduit dans la figure 14 de la, co-rédigée Svensmark en 2005, déjà citée (1). Tiré de Neff et al. 2001 (11), une étude isotopique de prélèvements sur une stalactite de la grotte de Hoti (Oman), ce graphe prétend montrer une corrélation stupéfiante entre les CRF et les précipitations locales sur plus de trois millénaires. Ensuite, l’étude de Kniveton et Todd, 2001 (12), notamment sa figure 1, qui montre une corrélation avec les précipitations pour la moyenne sur les latitudes 45°-90° et sur la période 1979-1999.

Même s’il y a franchement de quoi s’en offusquer, je ne tiens pas à faire trop de commentaires sur le ton de votre article : à vrai dire, il parle de lui-même. Quand des allégations qui salissent la réputation d’une personne ne sont pas fondées, il me semble qu’il s’agit de calomnie. Maintenant tout est de savoir ce que est fondé. Passons donc sur le ton malheureux de ce billet ; je mettrais volontiers çà sur le compte de conclusions trop parcellaires, ou, pour mieux dire, de postulats erronés. Car en tous cas, sans même écouter la défense, ni l’accusation, il aurait du être évident que les grandeurs manipulées ici comme ailleurs ne peuvent représenter que ce qu’elles peuvent représenter, et qu’il appartient à chacun de ceux qui veulent faire parler de soi disant « données brutes » de les prendre dans toute leur complexité et avec toutes leurs insuffisances. On sait bien qu’on peut toujours torturer des données jusqu’à ce qu’elles vous disent ce que vous voulez entendre, mais c’est un parti pris comme un autre que de postuler implicitement qu’une absence de traitement des « données » est l’approche la plus juste, et c’est évidemment toujours faux, sauf par pur hasard, quand les « grandeurs observées » sont le produit de nombreuses conventions.

Je suis arrivé par ici après avoir visionné récemment une longue interview que vous avez donné à Radio ici et maintenant (13). Dans cette intervention très intéressante à bien des égards (quoique j’aie de réels désaccords avec vous, me semble-t-il, en matière de monnaie, mais ce n’est pas le sujet), vous disiez qu’un tas de travaux de recherches contemporains en économie sont farcis d’équations très compliquées mais qu’on sait par avance qu’elles ne mènent nulle part vu qu’elles sont basées sur des postulats complètement débiles (dans Les trous noirs de la science économique, J. Sapir nous dit que certain « équilibre général » ne marche qu’à condition que l’on abolisse le temps et que les hommes agissent comme des robots ; j’en conclus que le « libéralisme » doit finalement bien marcher… sur le mode totalitaire). Je me suis surtout appliqué ici à montrer que, sur la question posée, vos postulats sont jusqu’à preuve du contraire aussi erronés que ceux de vos « adversaires ».

Dans cette interview, vous disiez aussi qu’un thésard en économie qui serait « un tant soit peu keynésien », de nos jours, n’aurait aucune chance de devenir professeur d’université ». Vous comprendrez peut-être qu’en découvrant le ton si agressif de ce billet je me suis demandé si nous vivons dans le même monde : vous avez presque l’air de croire que le « mainstream » en matière climatique, c’est le « climato-négationnisme »… ce qui serait tout de même une hypothèse que les faits (en France tout particulièrement) démentent de manière stupéfiante.

J’ai été d’emblée surpris par votre passage introductif en six points. Je trouve que c’est très bien que les gens, les « non spécialistes », cherchent à reprendre eux-mêmes des données à la source. Et à partir du moment où vous le faites, il est bien compréhensible que vous émettiez des hypothèses sur votre blog (très lu, m’a-t-on dit). Mais alors, pour ne pas parler du fond du travail (il devrait pourtant être évident que ces données  ne sont pas elles mêmes des données brutes), il semble que votre démarche publique dénote un brin avec ce préambule en six points. Une part de travail sans doute importante aurait justement été de chercher à savoir si des publications de recherches ne se sont pas penchées là-dessus (outre une seule citée, qui contredirait jusqu’à plus ample informé l’hypothèse en question), avec quelles analyses concernant les méthodes de « mesures » concernées, etc. Or votre article, par sa part de silence, laisse à penser qu’elles ne sont pas légion. (14)

Je pense que, d’une manière générale, votre schéma introductif en six points est déjà très idéal – et même beaucoup trop, car l’histoire indique (personne ne devrait s’en réjouir) que les avancées se font bien souvent par le biais de « dissidents » – des gens qu’on imagine avoir été bien logés, naturellement. Je dirais que ce schéma souffre probablement d’une déformation professionnelle de quasi-économiste : une relative singularité du « totalitarisme scolastique » (M. Allais) dit néolibéral est que ses postulats (et ses théorèmes) ont été complètement démontés depuis belle lurette (bien avant que cette idéologie s’impose dans les faits), de sorte qu’il n’y a pas besoin de réinventer la poudre académiquement parlant pour s’y opposer totalement. Tandis que dans le cas de notre sujet, il y a pour ainsi dire encore tout à faire.

Et encore ? Je crains que le postulat général soit par nature à peu près indémontrable dans le monde réel de la surface si hétérogène et irrégulière et de la couche limite atmosphérique, un monde où il est d’ailleurs fort douteux qu’une simple moyenne arithmétique de températures trouve une manifestation. Un monde où l’eau, substance quasi-magique a bien des égards, et dont une singularité particulière au regard de la quasi-totalité des autres est son changement de phase dans des conditions de température et de pression peu éloignées des « CNTP » (conditions normales de température et de pression), dans la gamme qui intéresse le climat, est vraisemblablement tout sauf un simple « feedback » au signal lié à un effet de serre du CO2 lui-même presque saturé dans les conditions qui nous concernent. La misérable masse de CO2 émis par les humains (dont l’effet théorique isolé est surpassé de 150% par celui des seules émissions des termites), déjà noyée dans le grand cycle naturel du carbone, représente en un an 24 000 fois moins que ce que la surface « émet » de flotte dans l’atmosphère en un seul jour. Indémontrable, donc « infalsifiable », ce qui en ferait, s’il l’était, le fondement d’un merveilleux scientisme et, dans le cas malheureux d’une application d’une « politique » de l’urgence entreprise à grande échelle, d’un mouvement totalitaire. Ce n’est pas moi qui ai suggéré au Club de Rome, dans son rapport de 1991, d’en faire un substitut à la disparition de « notre ennemi commun ». Ni au rapport d’activité 2005-2010 du Rockefeler Brother Fund d’être si explicite quand à l’usage qu’il a fait des abattements d’impôts depuis 1984, incluant le financement à hauteur de plusieurs millions de dollars du coup d’éclat d’Al Gore à Kyoto à la faveur d’une « campagne médiatique soigneusement orchestrée » (je cite)). Ni à tant de multinationales du pétrole d’accumuler les financements et les jetons de présence au WWF. Quand des amis qui passent à la maison m’interrogent sur ce sous-registre, je leur fais lire les 30 pages du livre « La servitude climatique » de J.-M. Bellouve consacrées à l’incroyable (et ô combien pétrolière) épopée de Maurice Strong : on se sent tout de suite rassurés sur les intensions des bâtisseurs onusiens.

Pour ne pas parler du fait, également connu des spécialistes affiliés au GIEC mais pas pour autant médiatisé, que les magnifiques corrélations dérivées des carottes glaciaires ne font que montrer, à ce jour, que les variations de températures ont toujours précédées celles du CO2 atmosphérique (selon, vraisemblablement, un phénomène physico-chimique par ailleurs archi compris) ; que le « hot spot » manque encore cruellement à l’appel ; que la surface et la troposphère ne semblent même plus s’être réchauffées depuis 15 ans ; que les fluctuations récentes du climat n’ont encore rien montré d’exceptionnel au regard de fluctuations naturelles pas bien lointaines : les années 1930-1940 pour les USA et l’arctique ; les années 1760-1770 pour Le Bourget et Berlin, par exemple (14) ; quant aux gesticulations des « négationnistes » de l’Optimum médiéval (moins marqué encore que celui de la grande époque romaine), elles sont toujours plus désespérées au vue de l’abondance – universelle – des preuves. Ainsi ce qui choque le plus, peut-être, dans la tonalité générale de votre article ne se retrouve peut-être pas tant dans ce qu’il dit que dans ce contexte qu’il ne pose pas et qui donne, en particulier, une perspective un brin moins loufoque aux travaux d’un Svensmark.

Dans le cas de cette matière si jeune mais si célèbre, en tous cas, franchement, je pense que votre schéma dénote complètement avec la réalité. Faut-il s’abaisser à rappeler le cas de Michael Mann, à peine sorti de sa thèse quand il a publié sa géniale « crosse de hockey » pour se voir aussitôt promu Lead Author du rapport du GIEC dont le résumé pour décideurs (SPM) a reproduit 7 fois la dite courbe ? Mais je ne doute pas de votre bonne foi, et je suppose que dans ces pages on trouvera le même reproche adressé à ce genre de publication. Cela dit, j’ai un copain qui a complètement bouleversé son sujet de thèse en physique fondamentale (et abandonné la musique) suite à une découverte que le labo a jugée essentielle. Nous avons ici affaire à un croisement de sciences qui est très loin d’avoir aboutit à une théorie générale et dont la force de la jeunesse, poussée par un contexte politique qui la somme d’agir, n’a d’égale que celle du potentiel mercantile du catastrophisme médiatique. Les financements et les publications de recherche en la matière, comme chacun sait, sont en croissance exponentielle, pour ne pas dire démesurée, et de fait on ne compte plus les « scoops », ce qui n’a rien d’étonnant, logique éditoriale et course aux citations et aux financements obligent.

(1) Influence of Solar Activity Cycles on Earth’s Climate, Task 1 – Literature Study, WP103 – Climate Variability Correlated with Solar Activity, N. Marsh, H. Svensmark, and F. Christiansen, ISAC, 9 février 2005 :

http://orbit.dtu.dk/fedora/objects/orbit:81226/datastreams/file_3582803/content

(2) Marsh et Svensmark, Comment on ‘‘Solar influences on cosmic rays and cloud formation: A reassessment’’ by Bomin Sun and Raymond S. Bradley, 2004 (JGR) : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2003JD004063/pdf Une version en couleurs de la figure 3a est accessible à partir de cette version : http://onlinelibrary.wiley.com/enhanced/doi/10.1029/2003JD004063/

(3) http://isccp.giss.nasa.gov/climanal7.html

(4) http://isccp.giss.nasa.gov/docs/calib.html

(5) http://isccp.giss.nasa.gov/errors.html

(6) Kristjansson, Kristiansen et Kaas, Solar activity, cosmic rays, clouds and climate – an update, 2003 (Advances in Space Research) : http://folk.uio.no/jegill/papers/kkk_asr_2004.pdf

(7) Marsh and Svensmark, Galactic cosmic ray and El Nino Southern Oscillation trends in ISCCP D2 low-cloud properties, 2003 (JGR) : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2001JD001264/pdf

(8) Usoskin, Marsh, Kovaltsov, Mursula and Gladysheva, Latitudinal dependence of low cloud amount on

cosmic ray induced ionization, 2004 (GRL) : http://www.gae.ucm.es/~pulsar/articles/master/clima/low-clouds_CR-5.pdf

(9) Pallé, Possible satellite perspective effects on the reported correlations between solar activity and clouds, 2005 (GRL) : http://bbso.njit.edu/Research/EarthShine/literature/Palle_2005_GRL.pdf

(10) Marsh et Svensmark, Low Cloud Properties Influenced by Cosmic Rays, 2000 (Physical Review Letters) : http://orbit.dtu.dk/fedora/objects/orbit:19954/datastreams/file_4410141/content

(11) Neff, Burns, Mangini, Mudelsee, Fleitmann et Matter, Strong coherence between solar variability and the monsoon in Oman between 9 and 6 kyr ago, 2001 (Nature) : https://www.geo.umass.edu/climate/papers/neffetalnature2001.pdf

(12) Kniveton et Todd, On the Relationship of Cosmic Ray Flux and Precipitation, 2001 (GRL) : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1029/2000GL012536/pdf

(13) Radio Ici & Maintenant, Lisandru – Olivier Berruyer, 5 Juin 2013 : https://www.youtube.com/watch?v=ZzyVbzKPgW0

(14) Celle là, par exemple, semble le faire, mais je ne peux que rarement me permettre de payer pour accéder aux publications : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1364682611000691

(15) Données du Hadley Center « Hadley subset » (diffusion 2009 des données de stations), Jones & Anders, fichiers n° 71 500 et 103 840.

Mon commentaire a été censuré sur le blog de O. Berruyer.

Je lui ai envoyé ce message :

Le 9 septembre [2014], après avoir constaté la censure (« technique » ?) de mon message, j’ai contacté O. Berruyer :

Bonsoir,

le 27 août j’ai posté un commentaire sur le fil “l’imposture Svensmark” de votre blog. Il est apparu durant plusieurs jours avec la mention “en attente de modération” ; aujourd’hui il n’apparaît plus du tout. J’ose espérer que cette censure n’est que le produit d’un problème technique, par exemple l’absence de modération durant un temps limite donné.

J’avais pris une semaine de mes temps libres pour composer ce message, principalement pour rechercher et lire les papiers cités. Inutile également de dire à celui qui l’aurait lu que je travaille sur le dossier climatique depuis des années et que j’y ai consacré beaucoup de temps au titre de scientifique amateur. Et je suppose que vous avez du respect pour le travail accompli des autres, vous qui bossez tant, manifestement — comme me l’a dit un jour F. Lordon au téléphone, expliquant pourquoi il avait refusé de tenir une émission quotidienne sur France Culture, on a pas une bonne idée tous les jours et à ce piège de rythme infernal de la pige on fini par vendre une camelote qui arrange le régime, mais chacun son choix. On sait du reste le temps que çà prend de lire, et aussi de débattre avec ceux qui daignent vous répondre.

En tous cas je constate que vous êtes bien occupé vous-même, aussi je veux bien croire à n’importe quelle explication raisonnable quant à cette anomalie, autre que de la censure pure et simple. Quoi qu’il en soit, en pratique, comprenez-le bien, ma semaine de boulot hors de celui qui paie mes factures a fini à la poubelle et votre blog s’est débarrassé en un clic au plus d’une expression contradictoire. Vous ne seriez malheureusement pas le premier apôtre du catastrophisme carbo-climatique à m’assurer ainsi de la robustesse de ses certitudes. L’un dans l’autre, je vous le dit encore une fois en vous accordant le bénéfice du doute mais je vous le dit fermement : je vous donne deux semaines pour m’adresser une réponse par email, m’assurant que vous publierez mon message disparu (que je vous renverrai alors en réponse et/ou sur le blog, à votre convenance), faute de quoi je me réserve le droit de le diffuser ailleurs en y ajoutant un chapeau qui vous accusera, nommément, de censurer, et je vous prie de croire que je prendrai le temps pour ce faire, on n’est plus à cela près. Cela n’aiderait sans doute guère à ralentir la chute de cette cause climatique à laquelle vous croyez, mais je serais surtout dégoutté du procédé, car comme vous auriez du le constater, j’avais produit un travail de fond et j’espérais aussi et surtout encourager le lecteur à s’emparer de la matière.

Cordialement

***

Je n’ai pas obtenu de réponse et mon commentaire n’a pas été publié.

Un an pus tard, j’ai réeffectué la démarche. En vain.

Par la suite, tous les commentaires en réponse au billet en question ont été supprimés…

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