Raoul Marc Jennar

Le 6 juin 2011, Raoul Marc Jennar a publié un billet intitulé Le tirage au sort : une chimère. Ce texte a suscité 69 commentaires sur la page concernée de son blog, sans parler d’autres postés dans des pages ultérieures ni de bien d’autres diffusés dans d’autres cadres (notamment celui de la liste de discussion “démocratie” d’ATTAC et celui de l’association “Pour une constituante” dont le président lui en avait passé la commande). Ces commentaires publiés sont restés au moins jusqu’au 26 mai 2015, puis les 50 premiers, autant dire presque tous, sont passés à la trappe.

Pièces particulièrement notables pour quiconque a un peu suivi le dossier (et pièces de choix à mon avis) : tous les envois d’un dénommé Étienne Chouard. On pourra les retrouver dans cette sauvegarde, où l’on verra aussi que les derniers commentaires sont ceux qui devinrent les premiers sur la page actuelle.

A également disparu ainsi mon commentaire (du 15 juin 2011). Cette censure me dérange aussi, tout particulièrement, parce qu’il s’agissait là d’un argumentaire patiemment construit, visant non pas tant la “défense” du tirage au sort appliqué on ne sait comment et à on ne sait quoi, mais sa mise en contexte : comment, pourquoi faire, mais aussi, d’abord et avant tout : pourquoi ? Ce qui en passait par une remise en question de ce qui constitue le socle du raisonnement de R.-M. Jennar (et de tant d’autres aristocrates) : l’idée même qu’un mandat politique soit praticable. C’est d’ailleurs un texte que j’ai cité plus d’une fois ensuite, renvoyant par lien vers le blog de notre censeur.

Cette coupe franche dans la mémoire de ce débat se vérifie aisément, à part via web.archive, par le fait que RMJ se réfère par trois fois à mon message (à mon nom) dans ses “réponses ultimes”, ou encore par le fait que le premier commentaire de la maigre série restante, sur le billet concerné par l’écrémage radical en question, s’adresse à Étienne Chouard pour lui suggérer d’arrêter de se fatiguer à répondre à RMJ.

Ont ainsi été censurés également, en particulier : Jean-Claude Bauduret, qui était membre d’ATTAC (peut-être l’est-il encore) et actif dans sa commission “démocratie” (à laquelle j’ai également participé pendant quelques années, certes pas bien activement, étant très occupé par ailleurs, notamment avec Étienne et, au sein d’ATTAC, sur les questions européennes) ; un certain alainsitou, qui écrivait notamment qu’il avait “proposé que les [Collectifs Unitaires Antilibéraux] de la campagne 2007 choisissent le candidat à la présidentielle au sort, la suite ridicule m’a donné raison“.

Sont aussi passés à la trappe quelques messages anti-“TAS” – la coupe franche portant sur 50 messages successifs.

Je suis attaché à la présomption d’innocence. A minima, je tiens donc à noter que ce caviardage menu pourrait peut-être bien, tout simplement, être le produit d’un bête accident technique. Cela étant, et tout en invitant évidemment l’intéressé à rattraper le coup, si d’aventure c’était le cas – et, en tout cas à s’expliquer -, j’ai quelques raisons de ne pas m’étaler sur cette hypothèse, et de ne pas non plus attendre pour faire ce billet :

  • d’abord, parce que cela fait trois fois en moins d’un an que je me fais censurer, et que si je suis “ici chez-moi”, capable de diffuser ce que je veux, c’est justement parce que ma volonté de trouver un moyen de palier à la censure, de pouvoir la dénoncer ainsi qu’au moins reproduire quelque part ailleurs, en ligne, les propos censurés, compte pour une part non négligeable dans les motivations qui m’ont décidé à créer mon propre blog. J’y aurai donc l’occasion de parler des deux autres cas un de ces jours ;
  • ensuite, parce que l’auteur a rallié (en 2012) le Parti de gauche. (1) Or il devient difficile d’ignorer que les dirigeants du PG ont lancé une fatwa contre le père Chouard (2) ;
  • parce que, dans le même geste, en quelque sorte, ils ont lancé une offensive contre l’idée renaissante du tirage au sort. Ceci fut fait (et continue de l’être), notamment, dans le cadre du contre-feu dit m6r, sorte de tentative de trust constituant autour d’une joint-venture du PG (3). RMJ n’avait sans doute aucun besoin du PG pour condamner, comme revenant des fascistes des années 1930, quiconque remettrait en cause le – faux – suffrage universel (ni, évidemment, pour participer à la chasse à la sorcière désignée comme fasciste, même s’il lui fallu logiquement y aller en douceur, ladite salope ayant été son ami, chose que savaient trop de chefs encartés) mais à ce sujet, je note que cette contre-offensive anti-tirage au sort (3) a atteint un point culminant autour d’octobre-novembre 2014 (4), ce qui collerait potentiellement avec le timing de la censure en question ;
  • accessoirement, en ce qui me concerne, M. Jennar n’ignorait pas que je suis un ami d’Étienne et un de ses contributeurs d’assez longue date, puisque nous avons eu un échange d’emails après qu’il se soit plaint que mon message en question réponde à “un irrépressible besoin de [le] mettre en cause“. Je note enfin que, lors de cet échange, il m’a écrit qu’il aimerait que nous travaillions ensemble afin de réfléchir à des moyens de sensibiliser les jeunes des partis de la gauche aux questions institutionnelles. Vu la profondeur de nos désaccords, je n’ai évidemment pas donné suite à cette invitation – quand bien même il ne s’agissait pas aussi, accessoirement, de contribuer à détourner la jeunesse de l’a folle entreprise lancée par mon ami le sale faf.

(1) Nième saloperie d’appareil destiné à ramener sans cesse les gauchistes (surtout les plus jeunes) dans le giron du système électoralo-électoraliste – autrement dit, à empêcher le socialisme comme la démocratie au motif de les promouvoir. En l’occurrence, il s’agit aussi de les maintenir dans la prison de l’UE (on en reparlera), de l’OTAN et de l’empire écologico-droit de l’hommiste (bref, du mondialisme), également au prétexte de les combattre… pour les changer. Notre censeur est électoraliste invétéré bien que déçu, successivement, par tous les partis – qui ont trahi la cause, l’ambition de “faire de la politique autrement”, de “changer l’Europe”, de servir le peuple, les bonnes manières et mon cul sur la commode. Bref, c’est un grand naïf parmi tant d’autres qui vous raconteront encore, sur leur lit de mort, comme ils le faisaient à la récré, que si ça a foiré c’est qu’untel est mêchant et menteur. S’attaquer aux structures (institutions) en place, les décortiquer même (UE, OMC), fort bien mais disons-le tout net : ne comptez pas sur lui pour sortir de l’UE, de l’OMC ou du système électif. Il m’a fait cette réponse il y a longtemps, la fois où je l’ai interrogé lors d’une de ses conférences sur la mondialisation : en un mot, va voter mais vote pour les bons.

(2) Présenté comme une sorte de nazi par associations d’associations. Qui, tout fasciste haineux et enrôlé qu’il est, prêche la nécessité de tout un chacun de se rendre compte par lui-même qu’il nous faut une société sans chef, ni dieu ni maître… Et accessoirement, en privé, un adorable personnage de l’avis de quiconque l’a rencontré. Ce serait pour moi et non pour quelqu’un d’autre, je ne m’abaisserais plus guère à ajouter qu’Étienne Chouard, dans toutes ses valeurs, dans son mode de vie, etc. répond de manière évidente à la catégorie de “personne de gauche”… (mais c’est comme avec un Jean Bricmont, à leurs propres yeux fanatisées, cela ne peut pas être).

(3) Certains se souviendront sans doute de l’évènement, moins du timing ni d’un indice qui pourrait révéler que la question, de l’avis de certains chiens de garde, commençait à chauffer sérieusement : le mois précédent, le père Attali, envoyé contenir la menace que représentait une rare invitation d’Étienne Chouard à la télé, prenait le parti de parler lui-même du tirage au sort pour mieux s’assurer qu’on n’en parlerait pas. Il est un peu amusant de noter que dès le mois suivant les fondateurs et gestionnaires de la si ouverte m6r s’acharnaient contre le tirage au sort. D’autres milieux “antifa”, dont on devine que leurs animateurs n’ont jamais croisé le père Méluche là où il se faisait appeler “Santerre”, se déchaînaient depuis un moment, sur un autre terrain (?), contre le promoteur de dictature fasciste Chouard.

(4) Voir mon billet Sénéchal, nous voilà. Une apogée marquée, en particulier, par une éviction des “partisans” du tirage au sort… non encartés, tandis qu’une Judith Bernard – après avoir (très légitimement et fort bien) défendu Jean Bricmont dans l’histoire d’un faux procès pour “antisémitisme” – se signalait par une défense de la constituante tirée au sort doublée d’un désaveu de M. Chouard avec qui elle jurait n’avoir aucune parenté idéologique et n’en avoir jamais eu. Ce que je constate surtout, c’est que la Judith, on ne l’a jamais croisée parmi les gueux qui font des constitutions dans les “ateliers”, seulement dans les cénacles médiatiques et partisans. Autrement dit, elle ne semble pas voir la contradiction qui consiste à promouvoir le tirage au sort tout en restant liée d’abord à des appareils, notamment un parti. Le parti, c’est comme la télé ou l’amour, ça rend aveugle…

J’entends évidemment reproduire sur ce blog mon message censuré. Cependant, je le ferai dans un autre billet, afin de ne pas noyer ce propos sur un thème qui mérite bien mieux que les fonds de tiroirs (ou les poubelles), et pour ne pas mélanger les catégories : la réflexion sur les institutions, d’une part ; la censure décidée par une personne au demeurant libre, de l’autre.

Toujours sur le fond de la question, cet épisode m’aura également été l’occasion de pointer un désaccord majeur quant à l’usage et à la portée du tirage au sort. Nombre de partisans du tirage au sort considèrent que le tirage au sort “ne désigne pas des représentants, il choisit des serviteurs du Peuple. Le tiré au sort n’a pas de pouvoir, il n’a qu’un mandat d’exécutant”. En d’autres termes, il ne s’agirait (pour eux) de tirer au sort que des agents de l’exécutif, et non pas de législateurs (ni de juges, ni de procureurs, etc.) Autrement dit encore, les tirés au sort n’ont aucun pouvoir politique. Ce point de divergence fondamental est d’autant plus problématique que certains s’imaginent même que la question ne fait même pas débat ! Non seulement il y a désaccord, mais à mon sens, cette conception ne tient absolument pas debout, et il me semble urgent d’expliquer pourquoi.

Note à caractère juridique… : sur la photo, à part qu’il fait un peu vieil apparatchik stalinien, R.-M. Jennar a le minois pas mal distordu (ainsi que son col de chemise, et les lunettes…, parce que, comme ça). La petite séance de bricolage de photo qui lui a valu ça ne tient pas à une envie de vile vengeance de ma part…. mais simplement au fait que je ne tiens pas à ce qu’on me fasse le coup des droits d’auteur ou je ne sais quoi. Quand on se permet de censurer salement, on se permet sans doute de moindres putasseries.

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