Sylvestre Huet ou la certitude carboclimatiste appliquée

Voici un ensemble de 3 messages que j’ai adressés il y a quelques années à Sylvestre Huet, sur son blog alors hébergé par Libération, plus un commentaire que j’ai rédigé après qu’il ait censuré le troisième de ces messages.

M. Huet,

votre argument selon lequel il s’agit de “ne pas se tromper d’interlocuteur” a de solides fondations, dirait-on, mais aussi quelques limites selon le contexte.

Certes, il me faut bien admettre que, dans votre article dans Libération, vous sembliez avoir “un brin” mis en doute les compétences en climatologie de M. Marko, et que de ce point de vue on ne sait plus trop bien ce que vaut l’argument, évoqué sinon invoqué ensuite, selon lequel le professeur n’a pas à débattre avec le journaliste mais avec ses “pairs” (? d’un autre côté, vous doutez, semblez-vous dire, que ces derniers aient à le reconnaître comme tels.) Mais ce n’est pas tant cette relative contradiction qui m’importe.

Une possible objection qui se pose ici, plus propre à susciter l’interrogation, je pense, est que vous n’êtes pas seulement un journaliste ayant été défié pour un débat, mais aussi un journaliste qui tient une place pas donnée à tout le monde s’agissant de rapporter aux profanes l’état d’avancement des recherches en la matière. Or votre adresse initiale à M. Marko tout comme votre réponse se fondent amplement, si je puis me permettre de le dire ainsi pour les besoins de l concision… sur l’affirmation implicite selon laquelle vous maîtrisez et rendez-compte à peu près parfaitement de cet état des recherches. Or comment votre lecteur lambda, probablement “profane” dans le cas le plus courant, peut-il avoir l’assurance que cette maîtrise et cette restitution sont à la hauteur de cette prétention implicite ?

En d’autres termes, moi qui ne suis guère spécialiste que de droit constitutionnel, je serais tenté de vous faire remarquer, sinon d’objecter (si c’était mon rôle), que cette situation vous pose en quelque sorte en “juge-et-partie” (ou peut-être plutôt “procureur-et-partie”, question de point de vue, mais passons) : du point de vue du citoyen, vous avez un quasi-monopole s’agissant de dire quelle loi existe ou non, et ils sont bien forcés de s’en remettre à votre jugement, faute de connaître les codes par cœur, après quoi, ici.

Je me contente de faire cette observation ; je n’ai pas de recette miracle pour éviter ce type de chose, surtout en matière scientifique (déjà que dans le cas du parquet…). Cela dit, quitte à devoir en bricoler une, je dirais qu’avoir accepté ce débat n’aurait peut-être pas été inutile, faute de mieux, au moins pour démontrer au public, dont des gens qui pourraient douter de vos connaissances de certaines thèses contradictoires, et non pas seulement d’un public qui vous est plutôt acquis.

Une dernière chose me turlupine, s’agissant toujours de la forme. Comme je le disais, certes, je suis tenté d’admettre le fondement de votre récusation, mais ce n’est qu’en faisant observer que le même geste vous octroie en quelque sorte une récusation de vos-même par vous-même demandée). Là encore, pardon de le dire, d’autant que cela ne doit pas être vu comme une attaque personnelle, mais il y a quelque chose qui s’apparente à une situation de conflit d’intérêt (au sens d’être juge et partie).

Enfin — pour le coup, désolé pour cette ingénuité… — dans la fin de votre passage de l’article de Libé adressé à M. Marko vous employez une référence ou un argument dont j’ai entendu dire qu’il était assez fortement controversé : “l’on sait depuis 1896 que le CO2 atmosphérique joue un rôle important dans le climat par son effet de serre puissant. Un truc vérifié en détail dans les archives climatiques des glaces polaires lors des 800 000 dernières années.” Plusieurs personnes m’ont expliqué qu’en fait les variations de température se seraient produites en avance sur celles du CO2 et non l’inverse, ce qui ne me semblerait pas franchement fonder la vérification dont vous faites état. Certes, encore une fois je ne suis pas très au fait du sujet, je l’avoue sans mal, au point que je ne vous prierai pas trop de vous user en explications à cette occasion, mais si je fais cette remarque, c’est plutôt en suivant ce raisonnement : s’il s’avérait, comme je l’ai entendu dire à plusieurs reprises, que le fondement de cet argument est des moins certains, pourquoi n’en invoquer qu’un et celui-ci en particulier ?

M. Huet,

j’aurais probablement mieux fait de découper mon message en deux, mais le mal est fait… Je le fais cette fois.
Quant à savoir (ce) qui est convainquant, j’imagine que c’est à chacun d’en juger.

“Ce que je garantis à mes lecteurs […]” Excusez-moi d’insister, mais je demandais justement s’il pourrait exister un moyen un peu plus solide, en l’espèce, de donner des garanties que “vous devez me croire sur parole”. Il ne s’agit évidemment pas de viser quiconque, vous ou un autre, en lui attribuant je ne sais quelles intentions (je le redis, mais vous l’avez sans doute compris puisque vous me faites déjà l’honneur d’une réponse) mais d’observer si “par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir”. L’argument d’autorité, à l’opposé, ne sera jamais, malheureusement, que le plus faible, et ceci même dans les sciences les plus dures — derrière votre “assurance”, vu du citoyen, on trouve ne serait-ce que la liste des chercheurs autorisés ou non (c’est vous-même qui le dites), et celle des publis existantes ou non (voir la fin de ce message, déplacée dans un second).

Comme beaucoup le “savent”, il y a bien des raisons d’affirmer que le Parquet (spécialement en France mais pas que) est bien peu séparé de l’Exécutif, et qu’il n’y a vraiment pas à s’en réjouir. Vous vous doutez que du côté du droit constit’, en particulier, sur et autour de cette question il existe non seulement de virulents débats… surtout en puissance et même et surtout des débats qui n’ont pas lieu, des “autorités” qui s’ignorent, etc. Notre “science”, instrument politique notoire, ayant très vite fait d’être “politiquement non-neutre”, il n’y a rien d’étonnant à cela. Par contre, son objet à elle est supposé, précisément, mettre en question ce type de problème. Faut-il préciser que ni à la télévision ni en cours d’ “instruction civique” on ne rend pas bien u tout compte du niveau d’opposition que celui-ci trouve dans “l’académie”, sans parler de l’état des recherches ?

Une importante différence entre l’académie et les Mormons, en principe, c’est que la première n’est pas là pour enseigner la vérité révélée, chasser des sorcières etc. mais sans être grand clerc, on sait qu’en général on est très loin du compte idéal. En particulier, quitte à mal résumer, parce que toute science peut se voir politisée — surtout par les temps qui courent, où la science tend à prendre la place de la religion… et à être traitée comme telle (mais il est assez clair que vous n’avez pas la même conception des choses).

En d’autres termes, la question pour moi n’est pas de savoir si vous manifestez une apparente naïveté, mais quels sont les facteurs qui l’expliquent, qu’elle soit spontanée ou qu’elle relève pltôt d’une sorte de posture. Bref, j’aurais espéré un peu plus de regard critique, pour ne pas dire de hauteur, dans votre réponse (mais c’est déjà ça que vous ne preniez pas ça pour un procès personnel). Pire, je crains que vous n’avez vous-même une conception étonnamment religieuse de la science.

C’est ce que je crois constater, en tous cas, dans votre réponse sur l’autre volet, qui me semble encore plus décevante (dans le cas du premier, vous avez au moins la circonstance atténuante qu’on peut et qu’on doit associer à votre préjudice de place). Faut-il redire le point central de mon message ? Nous ne sommes pas (et vous, en particulier) à brasser des opinions indépendantes de notre propre position. En matière scientifique, la question se rapporte rarement à une affaire de simple opinion (quoique une notion comme celle de “biais de confirmation”, par exemple, nous rappelle que la frontière n’est pas franche), mais bien plutôt à un choix, plus ou moins conscient, entre ce qui est pris en compte ou écarté, ou même simplement à une affaire d’ignorance partielle pour des scientifiques qui d’ailleurs, très généralement, ne développent une expertise que dans un sous-domaine limité, et se contentent logiquement, pour le reste, la plupart du temps, de dire comme le béotien “les scientifiques pensent que”.

(suite)

Le préjudice de place n’est pas le seul problème, il faut encore compter avec la perturbation de la mesure par l’instrument de mesure… Je dois encore préciser qu’il m’a fallu moi-même tenter d’éviter que ma propre présentation vous conduise à adapter votre réponse. Si, donc, je me suis d’abord abstenu délibérément de vous confesser que j’ai tout de même (aussi) fini ma math spé, obtenu un 19 en physique au bac (ou encore un pas trop minable 805 au TOEIC), choses qui m’aident un peu à lire les publi, ce que je tache de faire quand j’en ai le temps — je ne connais pas M. Marko et je ne l’ai jamais lu (ce qui doit être en gros le lot commun ?) mais je suppose qu’on n’arrive pas sur ce blog sans n’avoir jamais rien suivi du dossier climatique –, c’est justement pour les raisons que j’ai déjà évoquées dans mon message précédent et que je reprenais plus haut, raisons liées à la situation.

Concernant l’argument (ou les arguments) sur le CO2, je vous demandais surtout : “pourquoi n’en invoquer qu’un et celui-ci en particulier ?”. Vous n’avez pas vraiment répondu, ou plutôt vous laissez entendre qu’il n’y aurait rien de plus convainquant en la matière (?) Pardonnez-moi d’insister pour dire que celui-ci me paraît peu convainquant, ce qui me fait ajouter qu’on devrait s’attendre à en trouver de plus fermement établis. Je connais tout de même assez notre dossier pour savoir que la compréhension de cette question a quelque peu évolué depuis qu’on a publiés la plupart des manuels pour étudiants. Mais ce qui me paraît assez stupéfiant dans votre réponse, c’est qu’en ne parlant même pas de la question du décalage temporel de plusieurs siècle entre les deux courbes, vous me servez une réponse qui est fortement mise en balance, sinon périmée, depuis bien longtemps — le principal, ici, n’est pas tant de savoir si la question de l’éventuel décalage, de sa réalité ou non, de ses tenants et aboutissants, etc. est “soldée”, “settled…”, mais le fait que votre explication n’évoque absolument pas ni la teneur ni même l’existence de ces “controverses”, comme si elles n’existaient qu’en dehors des revues scientifiques. Si on pouvait faire pire : elle n’évoque même pas, c’est dire, la loi de chimie archi établie, et pour le coup pas controversée, qui veut que votre soda dégaze en se réchauffant. Voyant comme vous présentez les choses, en oubliant tout à fait certaines parties de la question, pourtant abordées dans ce qui sert de “débat” entre les scientifiques, comment voulez-vous que je considère ça comme une marque de journalisme scientifique à la fois décemment renseigné et impartial ?

Ou bien vous n’avez vraisemblablement pas connaissance de bon nombre de publis (j’en ai personnellement vu passer une bonne vingtaine, dont cinq ou six que j’ai moi-même lues en détail) qui ne “prêchent” manifestement pas le même discours, et dont certaines ne sont pas toutes jeunes (*). Ou bien, ce qui me semblerait encore bien plus problématique, vous avez peut-être plutôt choisi de ne pas même mentionner leur existence, en préférant trancher le débat vous-même, avant de présenter au grand public la chose comme entendue, plutôt que de devoir rentrer dans de longs comptes-rendus, renvoyant à d’autres publi dont vous considérez qu’elles ont invalidé sérieusement ces controverses, etc. Mais dans ce dernier cas, se pose nécessairement un problème de parti pris, en plus du fait, bien moins important à mes yeux, que cet arbitrage (lui-même ignoré du lecteur) est fait par une personne qui, elle, ne publie pas, au sens de la sanction “peer-reviewed”. Sanction qui n’apparaît comme sacrée, je le crains, qu’en proportion qu’a l’observateur de confondre la science et la vérité révélée (à voir votre réponse, je suppose que vous n’avez pas disserté longtemps, non plus, sur les faiblesses d’un tel système), mais derrière vous vous rangez-vous même quand il s’agit de caractériser vos sources. Je répète, je l’assume : j’ai préféré me présenter comme presque tout à fait béotien, encore une fois, pour voir comment vous répondez au citoyen lambda qui serait réduit à n’avoir que votre parole ne serait-ce que concernant la simple existence ou non de telles et telles théories. Au vu de votre réponse, cet exercice, disais-je, m’a lui aussi fortement déçu : j’ai moi-même lu in extenso, parfois plusieurs fois, certaines de ces publi dont le message que vous adressez à M.Mme tout le monde n’effleure même pas l’existence. Je me permets de rappeler que ce point ne formait pas un détour d’une discussion entre quatre yeux, mais le centre d’un argument choisi par vous-même pour être présenté dans une déclaration publique.

(*) Liste non exhaustive : Idso, S.B. (1982), Idso (1989) / ref. Genthon et al (1987), Petit et al (1999), Fischer et al (1999), Indermühle et al (2000), Clark and Mix (2000) / ref. Yokoyama et al (2000), Monnin et al (2001), Mudelsee (2001), Caillon et al (2003), Siegenthaler et al (2005), Lowell Stott et al (2007), Tierney et al (2008), …. — j’ai honte, j’ai perdu la trace de mon préféré suite à un récent changement de bécane. Avant que vous me répondiez que je n’ai lu les livres que d’une chapelle (sait-on jamais), quitte à ne pas répondre à la question de savoir pourquoi les publis de la catégorie précitée n’existent tout bonnement pas dans le domaine de “la science” par vous perçu, bref, pour que nous ne perdions pas de temps inutilement (merci quand même, Glorfindel), je précise que je connais plutôt bien, au hasard, Shakun et al (2013) ou encore, parce qu’on peut faire plus contorsionniste, la tendance de certaines personnes, parmi celles qui sont notoirement at odds with les statistiques, à se prendre de passion pour le concept de résonance stochastique.

M. Huet,

qui a lu Caillon et al (2003) ET comprend la méthode scientifique (et plus accessoirement l’anglais) peut facilement constater que cette restitution que vous avez tenté d’en faire a fait subir au résultat réel de ce travail un double glissement, menant carrément, au final, à une inversion de sens… s’agissant de ses conclusions véritables et quant à l’objet de la présente discussion.

Je suis d’ailleurs assez ébahi que vous nous rappeliez vous-même une pareille bourde commise par vous, mais manifestement vous n’avez pas encore compris. Nous l’avons vu, il y a bien d’autres publi pertinentes que celle-ci, en la matière, mais je ne m’attendais pas à ce que vous pas l’exploitation de celle-ci à un tel niveau de non sens — autrement dit de désinformation.

Voilà ce que les auteurs écrivaient à la fin du papier : “The sequence of events during this Termination IS FULLY CONSISTANT WITH CO2 PARTICIPATING in the latter 4200 years of the warming. The radiative forcing due to CO2 MAY serve as an amplifier of initial orbital forcing, which is then further amplified by fast atmospheric feedbacks”.

Très clairement, il s’agit de dire que, bien que le décalage temporel soit dans le sens qu’on sait, cette observation par elle-même ne suffit pas à infirmer l’hypothèse selon laquelle le CO2 participe dans une certaine mesure au réchauffement. En français courant, “is fully consistent with” devrait donner “est pleinement cohérent avec”. Autrement dit, pas contradictoire avec. Et “may”, naturellement, renvoie à “il se pourrait que”, i.e. également à l’hypothétique, évidemment.

Vous avez interprété par : “Une séquence qui CONFIRME le rôle « d’amplificateur de réchauffement » joué par le gaz carbonique.”

C’est un complet renversement de sens… Il est assez stupéfiant de ne pas savoir distinguer à ce point une absence d’infirmation et une confirmation…, ni même une hypothèse et une conclusion.

Mais on se doute que le glissement ne s’est pas fait en une seule étape. D’abord, parce les auteurs (je les comprends), même si ce n’est pas là, à l’évidence, le principal résultat de l’étude, avaient de fortes raisons de souligner que ce résultat “au demeurant gênant pour la théorie” ne constituait pas, par lui-même, une preuve que le CO2 n’a pas d’effet. Sans parler de montrer patte blanche, de climat éditorial, de contexte politique, du simple point de vue de chercheurs travaillant sur des pistes et sur une théorie, avaient clairement le droit d’ajouter cette simple remarque.

Mais il est évident qu’elle était superflue, du fait qu’il n’y a pas besoin d’être auteur du papier pour la faire. Seulement, vous ne semblez pas comprendre que, contrairement aux résultats réels de leur étude, cette double sentence relève au mieux de l’interprétation (et plus accessoirement, pas de leur domaines réels de valeur ajoutée en termes d’expertise, contrairement, en particulier au traitement d’isotopes et au développement de modèles physico-chimiques relatif au comportement des glaces). Bref, au sens de leur travail, ce n’est là qu’une remarque sinon même une simple hypothèse, quand bien même on se doute qu’elle a son importance dans le cadre plus large d’une certaine théorie. Mais vous confondez les opinions et les résultats / conclusions.

Vous écriviez encore : “Ces traits, par une sorte de symétrie, indiquent quelles peuvent être les conséquences de l’augmentation très rapide des teneurs en gaz à effet de serre en raison des émissions humaines.” C’est évidement une interprétation, et elle ne correspond pas du tout, elle non plus, à ce qu’ont écrit les auteurs. Puisqu’il ne démontrent rien qualitativement, au sens qui nous intéresse ici, a fortiori ils ne quantifient pas. Mais au fond, le problème est là encore que vous confondez une hypothèse et un résultat (ou une conclusion). Quand il s’agit d’attribution, si une personne attribue tout ce qui est “inexpliqué par ailleurs” à l’effet du CO2, cela n’est évidemment qu’une hypothèse et un rappel du fait que nous méconnaissons probablement plein de facteurs… et que ce que nous ignorons, nous tendons à ignorer que nous l’ignorons.

<b>Censure et figures de glisse</b>

L’ultimatum que j’ai lancé à ce chien de garde retourné venant d’arriver à son terme, je vous informe que S. Huet a censuré 3 de mes messages postés sur le fil de “discussion” associé, sur son blog, au message de dégonflement que l’on sait. A part le reste, je me vois malheureusement contraint de considérer ça comme un tout petit honneur, celui d’avoir touché juste sur des point dérangeants pour cet escroc.

Quand M. Huet ne censure pas, il s’abstient entièrement de répondre aux questions qu’on lui pose, et tente de noyer le poisson par une longue réponse composée d’autres questions par lui choisies et surtout de maints faux-procès.

Comme il ne répond qu’aux agents certifiés, je me suis permis de prétendre être spécialiste de droit constitutionnel… avant de lui adresser cette question : “<i>vous n’êtes pas seulement un journaliste ayant été défié pour un débat, mais aussi un journaliste qui tient une place pas donnée à tout le monde s’agissant de rapporter aux profanes l’état d’avancement des recherches en la matière. Or votre adresse initiale à M. Marko tout comme votre réponse se fondent amplement […] sur l’affirmation implicite selon laquelle vous maîtrisez et rendez-compte à peu près parfaitement de cet état des recherches. Or comment votre lecteur lambda, probablement “profane” dans le cas le plus courant, peut-il avoir l’assurance que cette maîtrise et cette restitution sont à la hauteur de cette prétention implicite ? En d’autres termes […] cette situation vous pose en quelque sorte en “juge-et-partie” […] : du point de vue du citoyen, vous avez un quasi-monopole s’agissant de dire quelle loi existe ou non, et ils sont bien forcés de s’en remettre à votre jugement, faute de connaître les codes par cœur.</i>” Son seul semblant de réponse a naturellement consisté à dire : “vous pouvez me croire sur parole”… (chacun y verra, bien sûr, le fondement de la séparation des pouvoirs).

Et comme il compte sur l’ignorance des masses, et comme les scientifiques savent qu’il  faut veiller à ce que l’instrument de mesure ne perturbe pas la mesure, je me suis par ailleurs fait d’abord passer pour un demi profane un peu curieux en lui adressant la question suivante : “<i>[…] <b>dans la fin de votre passage de l’article de Libé adressé à M. Marko vous [écrivez] : “</i>l’on sait depuis 1896 que le CO2 atmosphérique joue un rôle important dans le climat par son effet de serre puissant. Un truc vérifié en détail dans les archives climatiques des glaces polaires lors des 800 000 dernières années.</b><i>” […] une référence ou un argument dont j’ai entendu dire qu’il était assez fortement controversé […] s’il s’avérait, comme je l’ai entendu dire à plusieurs reprises, que le fondement de cet argument est des moins certains, pourquoi n’en invoquer qu’un et celui-ci en particulier ?</i>”

Ce gredin n’a évidemment pas répondu à la partie finale, principale, de la question. Il lui suffisait bien sûr de persister sur son argument premier, en me renvoyant aux manuels pour étudiants. Et comme il ne lui suffisait pas de ne pas répondre à ma première question, il s’énerva de ce que j’éprouve le besoin d’aller lire des propos contradictoires… en laissant bien entendre qu’ils n’existent que dans la littérature grise et autre machin de caniveau.

Ce à quoi je répondis (après avoir expliqué que mon mensonge par omission, quant à mon profil, répondait au besoin de ne pas perturber la mesure…) que je connaissais nombre de publis (en en citant pas mal) qui ne servaient franchement pas le même discours. (Jusque là, mes messages furent publiés.)

Sur quoi il me répondit : “<i>pas de chance… parmi les papiers dont vous parlez à la fin, il y a celui de Nicolas Caillon et al, mars 2003. Dont j’avais rendu compte, après l’avoir lu, dans Libération. C’est ici http://www.liberation.fr/sciences/2003/03/14/aux-origines-du-rechauffement_458501 . En voici la fin [flou artistique qui pourrait laisser entendre à celui qui débarque qu’il s’agit de la fin du papier, non pas de l’article de journal de SH] « Selon l’histoire racontée par les glaces australes et d’autres données, c’est par un réchauffement des mers du Sud, initié par une insolation plus forte, que débute ce changement climatique. Puis, quelque huit siècles plus tard, une première augmentation de la teneur en CO2 apparaît. Probablement en raison d’une modification des courants océaniques profonds. Une teneur encore bien basse, 220 parties par million (ppm), il y a 245 000 ans. Puis, durant près de cinq mille ans, températures et teneurs en gaz carbonique vont monter de conserve, le CO2 atteignant 280 ppm en fin de période. Tout près du maximum de 300 ppm jamais dépassé lors des périodes chaudes depuis un demi-million d’années. <b>Une séquence qui confirme le rôle « d’amplificateur de réchauffement » joué par le gaz carbonique.</b> Toutefois, le changement de climat ne se propage pas immédiatement à l’ensemble du globe. Si la diminution de l’étendue des glaces de mer est rapide sur l’océan austral, il faut attendre près de quatre mille ans pour que les énormes calottes glaciaires du Nord, sur le Canada et l’ouest de l’Eurasie, entament leur fonte. Cette inertie est due à leur masse formidable. <b>Ces traits, par une sorte de symétrie, indiquent quelles peuvent être les conséquences de l’augmentation très rapide des teneurs en gaz à effet de serre en raison des émissions humaines.</b></i>”

A partir de là, je souligne, bien sûr, que dans ce qu’il prétend rapporter, il confond ce qui relève des résultats de l’étude et ce qui relève de simples tentatives d’interprétation (quoi qu’elles fassent référence à d’autres études, bien sûr, elles aussi basées sur certaines hypothèses), et que, glissant encore dans ce qu’il écrit, il en vient à présenter (quoique le choix du langage lui permette de rester formellement dans les clous) l’absence manifeste d’éléments contradictoires pour une <i>preuve</i> d’une hypothèse… Car que signifie, pour le profane, les mots “cela confirme que” et “vérifié en détail dans”, “indiquent quelles peuvent être…” ? A partir de là, disais-je, mes messages seront censurés.

Si je me permets cette assez longue restitution, c’est d’abord parce que j’ai trouvé dommage que, sur ce fil, on n’ait pas relevé (il me semble) le fait que ce genre d’abus figure jusque dans le message adressé par SH à IM, et ensuite parce que je n’ai pas encore trouvé, sur ce blog, de fil où cette problématique précise serait abordée un peu à fond, avec si possible mise à jour de la biblio (si quelqu’un peut m’en indiquer…).

Je ne saurais finir ce message en signalant l’argument principal que Shaviv a émis en commentaire (sur son blog – http://www.sciencebits.com/Shakun_in_Nature) à Shakun et al. 2012 : “<i>However, the fact that the northern hemisphere temperature lags the CO2 does not imply that the NH is actually affected by the CO2. Compare the following: I. Southern Hemisphere T -> CO2 -> NH Temperature with II. Southern Hemisphere T -> CO2 with one lag, Southern Hemisphere T -> Northern Hemisphere T with a larger lag (say, through global ocean currents). How can you differentiate between the two options? You can’t! [Vous ne le pouvez pas, du moins, sur la seule base des résultats dont on dispose (pour l’heure).</i>]”

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